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Covid-19: une mortalité de 72% chez les patients de 80 ans et plus ventilés sans problème d'accès

LONDRES, 3 août 2020 (APMnews) - La mortalité intra-hospitalière des patients atteints de Covid-19 nécessitant une ventilation mécanique est élevée, particulièrement chez les plus âgés dont les trois quarts trépassent, dans un système de santé n'ayant pas à faire face à des pénuries de lits de réanimation, selon une étude allemande publiée dans The Lancet Respiratory Medicine.
Alors qu'une polémique sur l'accès à la réanimation des patients âgés atteints de Covid-19 a refait surface la semaine dernière en France, des chiffres provisoires ayant été interprétés comme traduisant une restriction de l'accès aux soins de ces patients (cf dépêche du 30/07/2020 à 17:21), ces travaux menés sur une large cohorte de patients non sélectionnés, dans un contexte exempt de restrictions liées au nombre de lits disponibles, apportent un éclairage important.
L'Allemagne disposait avant la crise du Covid-19 de 33,9 lits de soins intensifs pour 100.000 habitants, soit 2 fois plus que la France qui en comptait 16,3 pour 100.000 habitants, rappellent les auteurs. La disponibilité de lits de soins intensifs peut affecter l'évolution à long terme des patients atteints de Covid-19, soulignent-ils, précisant que jusqu'à ce jour, l'Allemagne a toujours eu assez de lits disponibles.
Christian Karagiannidis du Cologne-Merheim Hospital à Cologne et ses collègues ont étudié l'ensemble des patients ayant un Covid-19 confirmé, hospitalisés entre le 26 février et le 19 avril en Allemagne et dont les données d'hospitalisation sont complètes (jusqu'à la sortie ou au décès).
Sur 10.021 patients hospitalisés dans 920 hôpitaux, dont l'âge médian était de 72 ans, 17% ont reçu une ventilation mécanique. Les 18-59 ans représentaient 24% des patients sous ventilation mécanique, les 60-69 ans 22%, les 70-79 ans 31% et les 80 ans et plus 23%.
S'il y avait autant d'hommes et de femmes parmi les patients hospitalisés non ventilés, 2 fois plus d'hommes que de femmes étaient ventilés. La durée moyenne de ventilation était de 13,5 jours.
La mortalité intra-hospitalière était de 22% chez l'ensemble des patients -similaire à celle rapportée en France, observent les auteurs. Elle atteignait 16% parmi les patients non ventilés contre 53% parmi les patients ventilés, en particulier ceux recevant une ventilation invasive. Avec la ventilation non invasive, la mortalité était de 45%.
La mortalité augmentait avec l'âge, aussi bien chez les patients non ventilés que ventilés. Chez les ventilés, elle allait de 27,7% chez les 18-59 ans, à 62,6% chez les 70-79 ans et 72,2% chez les patients de 80 ans et plus. "Ces taux de mortalité sont plus élevés que ceux pour le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA)", notent les chercheurs.
La mortalité des patients non ventilés de 80 ans et plus était de 33,8%.
Les patients ventilés dialysés avaient aussi une mortalité très élevée, atteignant 73% tous âges confondus.
Les principales comorbidités chez les patients hospitalisés étaient l'hypertension (56%), le diabète (28%), l'arythmie cardiaque (27%), l'insuffisance rénale (23%), l'insuffisance cardiaque (20%) et la pneumopathie chronique (14%). En outre, 6% des patients hospitalisés et 27% de ceux ventilés ont nécessité une dialyse.
Les comorbidités étaient plus fréquentes chez les patients ventilés, lesquels étaient plus de 50% à avoir un indice de comorbidité de Charlson supérieur ou égal à 2. Seuls 22% des patients ventilés avaient un indice de Charlson de 0 contre 39% des non-ventilés.
"D'un point de vue européen, cette étude montre que la mortalité intra-hospitalière dans l'ensemble est similaire à celle dans d'autres pays comme la France. Cependant, la distribution par âge des patients sous ventilation mécanique diffère entre pays. Le recours à la ventilation mécanique était relativement élevé en Allemagne, en particulier parmi les personnes âgées", commentent les auteurs.
"Avec des ressources non restreintes, un nombre faible mais notable de patients âgés et de patients avec des comorbidités peut survivre aux formes sévères de Covid-19, mais dans l'éventualité d'une 2e vague forte de la pandémie, des durées de traitement plus longues pourraient limiter les capacités hospitalières", ajoutent-ils.
(The Lancet Respiratory Medicine, publication en ligne du 28 juillet)
cd/ab/APMnews

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