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Covid-19: des mesures sanitaires renforcées vont être déployées à Lyon et Nice (Olivier Véran)

(Par Sylvie BURNOUF et Raphaël MOREAUX)
PARIS, 17 septembre 2020 (APMnews) - Des mesures sanitaires renforcées vont être déployées sous peu à Lyon et à Nice, qui font face à une reprise particulièrement accrue de la circulation du Sars-CoV-2, y compris parmi les populations les plus âgées, a annoncé jeudi le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, lors d'une conférence de presse.
"L'épidémie est à nouveau très active dans le pays", a déclaré le ministre en préambule de ce point de situation sur l'épidémie de Covid-19, organisé au ministère de la santé et en présence des journalistes, pour la première fois depuis le confinement.
Il a égrené les indicateurs témoignant d'une reprise de la circulation virale, notamment le taux d'incidence qui est actuellement en France de 83 pour 100.000 habitants (en hausse constante depuis fin juillet, le taux étant alors de 10 pour 100.000), un taux R de reproduction supérieur à 1 à l'échelle nationale avec un doublement du nombre de cas tous les 15 jours, signe que l'épidémie "gagne du terrain", et un taux de positivité des tests en hausse et actuellement établi à 5,4%.
"Notre bagarre, c'est de mettre en place des mesures pour éviter un afflux de patients à l'hôpital", a exposé le ministre, soulignant la difficulté de l'exercice: il ne faut pas que ce soit trop tôt car les mesures ne seraient pas forcément respectées, mais il ne faut pas non plus que ce soit trop tard compte tenu du délai de 15 jours avant de constater un effet sur le système hospitalier et notamment les services de réanimation.
Or, certains territoires, et en particulier certaines métropoles, font l'objet d'une reprise accrue de la circulation virale, s'est inquiété Olivier Véran.
La ville la plus touchée à ce jour est Marseille, avec un taux d'incidence "près de 6 fois supérieur" au seuil d'alerte de 50 pour 100.000 habitants en population générale, a-t-il exposé, précisant que cela concernait aussi les plus âgés, le taux d'incidence chez les 65 ans et plus étant de 190/100.000. Des mesures sanitaires renforcées ont dans ce cadre été annoncées lundi, rappelle-t-on (cf dépêche du 14/09/2020 à 20:18).
Le ministre a prévenu que si la situation sanitaire ne s'améliorait pas dans cette ville (de même qu'en Guadeloupe, deuxième territoire le plus touché par le virus) et que le nombre d'entrées en réanimation poursuivait sa hausse, "il faudra sans doute prendre des mesures encore plus fortes" la semaine prochaine, comme la fermeture des bars et l'interdiction des rassemblements publics.
Son inquiétude repose notamment sur le fait que des travaux de modélisation ont révélé que les capacités de réanimation de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) -qui comporte 537 lits, dont 30% sont actuellement occupés par des patients Covid-19- pourraient arriver à saturation d'ici à la deuxième quinzaine d'octobre si aucune mesure n'était prise.
Le ministre a rappelé qu'il était possible "d'armer des lits supplémentaires" afin de porter le total à 1.000 dans la région, mais a insisté sur le fait que la prise en charge des patients Covid-19 ne devait pas se faire au détriment des autres patients, qui nécessitent des interventions de chirurgie programmée ou de greffe, par exemple.
Deux autres métropoles sont concernées par une reprise accrue de la circulation virale: Lyon et Nice. Olivier Véran a annoncé que comme pour Marseille, il avait été demandé aux préfets du Rhône et des Alpes-Maritimes de proposer, d'ici samedi, des mesures au gouvernement pour limiter la hausse de la circulation virale, notant par ailleurs que les maires avaient déjà commencé à déployer des mesures sanitaires renforcées.

"Nous sommes encore suffisamment en amont" pour lutter contre le virus

Les villes de Lille, Toulouse, Rennes, Dijon et Paris sont concernées par un taux d'incidence élevé, "de l'ordre de trois-quatre fois la cote d'alerte", et une incidence chez les 65 ans et plus qui "dépasse la cote d'alerte". "Les seuils critiques ne sont pas encore atteints mais nous serons extrêmement attentifs à l'évolution de la situation dans ces métropoles", a déclaré Olivier Véran.
Il a néanmoins tenu à rassurer la population sur le fait que dans l'ensemble, la situation était différente de celle de la première vague épidémique, d'une part parce que des outils de surveillance étaient désormais disponibles et qu'ils permettent "d'anticiper et d'intervenir de manière ciblée", d'autre part parce que les conditions d'hospitalisation sont "meilleures" et que les patients ne sont plus nécessairement transférés en réanimation.
Il a aussi rappelé que la stratégie actuelle de lutte contre l'épidémie comprenait quatre piliers: le respect des gestes barrières, le fait de "tester-alerter-protéger", d'adopter des mesures différenciées en fonction de la situation dans les territoires, et de protéger en premier lieu les personnes âgées et vulnérables.
"Nous devrons apprendre à vivre avec ce virus pendant encore quelques mois", a-t-il dit, estimant que cette période, dont la durée est "difficile" à déterminer, sera rythmée par des phases de reprise de circulation virale et des phases d'accalmie. Pour l'heure, "nous sommes encore suffisamment en amont pour opérer ce pilotage fin dans la lutte contre le virus", a-t-il assuré.
Par ailleurs, et alors que la rentrée scolaire a eu lieu il y a un peu plus de deux semaines, Olivier Véran a rapporté que le Haut conseil de la santé publique (HCSP) allait publier ce jeudi soir un avis, dans lequel il conclut que les enfants sont peu à risque de formes graves de Covid-19 et qu'ils sont "peu actifs" dans la transmission du virus. Les contaminations se feraient ainsi essentiellement d'adulte à adulte et d'adulte à enfant, mais rarement entre enfants ou d'enfant à adulte, a souligné le ministre.
"Ces nouveaux éléments vont nous permettre dans les tout prochains jours d'assouplir le protocole sanitaire dans les écoles et dans les crèches", a annoncé Olivier Véran. "Les enfants doivent aller à l'école et il n'y a pas lieu de renvoyer les enfants chez eux, voire de fermer des établissements entiers à la première alerte."
Il a également annoncé que le port du masque serait désormais obligatoire pour tous les professionnels de crèche y compris en présence d'enfants (sauf dérogation en cas de troubles du comportement, par exemple) afin de limiter le risque de transmission des adultes vers les enfants.

Commande de 5 millions de tests antigéniques

Le ministre est également revenu sur la stratégie de dépistage actuelle, précisant que plus d'1,2 million de tests de diagnostic par RT-PCR avaient été réalisés sur une semaine.
Il a reconnu que la "stratégie assumée" de permettre à chaque citoyen de bénéficier d'un test gratuitement et sans ordonnance a eu pour "conséquence directe" un "embouteillage" des laboratoires de biologie médicale. Il a rappelé les différentes mesures annoncées ces derniers jours pour y remédier, comme la doctrine de priorisation des tests (cf dépêche du 11/09/2020 à 18:20 et dépêche du 01/09/2020 à 17:32) et l'installation de 20 centres de prélèvement supplémentaires en Île-de-France (cf dépêche du 09/09/2020 à 16:10).
Il a fait le point sur le déploiement à venir des tests antigéniques de détection du Sars-CoV-2, qui fournissent un résultat en "moins de 30 minutes" à partir d'un prélèvement nasopharyngé, et sur lesquels de premières expérimentations "à grande échelle" ont été annoncées par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) (cf dépêche du 09/09/2020 à 18:21).
Le ministre a cité le nombre de "300 opérations" de dépistage ciblé par test antigénique qui doivent être conduites par l'agence régionale de santé (ARS) Île-de-France et "qui permettront de caler la méthode et l'efficacité" de cette nouvelle technique de dépistage. Un arrêté publié mercredi au Journal officiel a ouvert la voie aux campagnes de dépistage par tests rapides antigéniques, rappelle-t-on (cf dépêche du 17/09/2020 à 10:15).
Olivier Véran a ajouté que 5 millions de tests antigéniques avaient été commandés pour une livraison "d'ici à début octobre", et que des travaux avaient déjà été engagés sur leur déploiement. Il a précisé sur ce sujet travailler "en étroite collaboration" avec ses homologues allemand et italien.
Interrogé par APMnews sur la qualification et la prise en charge de ces tests, le ministre a déclaré que les pouvoirs publics n'étaient "pas encore au stade du remboursement (...), mais à l'expérimentation, à la qualification en vie réelle à une échelle importante en Île-de-France", ajoutant attendre les recommandations des autorités scientifiques.
S'agissant des tests RT-PCR sur prélèvement salivaire, la Haute autorité de santé (HAS) doit publier vendredi après-midi ses conclusions sur la pertinence de leur utilisation dans la stratégie de prise en charge du Covid-19, à la suite notamment de l'analyse des premières données de l'étude Covisal menée par le centre hospitalier de Cayenne (cf dépêche du 10/08/2020 à 17:06).
Selon les informations obtenues par APMnews, la Haute autorité doit rendre son avis sur les tests antigéniques en début de semaine prochaine.
sb-rm/san/APMnews polsan-une

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