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SEP: les patients traités par anti-CD20 semblent développer une infection Covid-19 plus sévère

MIDDLETON (Wisconsin), 28 septembre 2020 (APMnews) - Les patients traités par anticorps monoclonal ciblant l'antigène CD20 des lymphocytes B pour une sclérose en plaques (SEP) semblent avoir un risque accru d'hospitalisation pour une infection Covid-19, selon des données présentées samedi lors d'une session spéciale du congrès virtuel conjoint des comités américain et européen pour le traitement et la recherche dans la SEP (ACTRIMS/ECTRIMS).
Les deux sociétés savantes ont organisé deux sessions spéciales samedi, 15 jours après leur congrès commun virtuel. L'une était une session classique de communications late-breaking et l'autre était consacrée à l'infection au coronavirus Sars-CoV-2 chez les patients atteints de SEP.
Le Dr Steve Simpson-Yap de l'université de Melbourne a présenté les premiers résultats d'une étude internationale, intitulée "Covid-19 & MS Global Data Sharing Initiative", destinée à évaluer l'impact du Sars-CoV-2 sur la SEP et déterminer si la SEP rend les malades plus vulnérables à l'infection.
Habituellement, les patients traités par immunosuppresseur pour leur SEP présentent un risque accru d'infection. Dans un registre suédois avec près de 6.500 patients traités par différents traitements de fond, il apparaît en particulier que le rituximab était associé à un risque infectieux de 70% plus élevé par rapport aux interférons ou le glatiramère, a-t-il rappelé.
Deux études menées en France et en Italie interrogent sur les interactions entre SEP et Covid. Une cohorte rétrospective multicentrique menée auprès de 347 patients français a suggéré qu'un âge plus avancé, un plus grand handicap et une forme progressive étaient associés à un Covid plus sévère et qu'une infection sévère était plus fréquente parmi les patients ne recevant pas de traitement de fond (46% vs 15,5%).
Les premières données issues de cette cohorte, avec quelque 300 patients, n'avaient pas mis en évidence de risque de Covid-19 sévère avec les immunomodulateurs (cf dépêche du 29/05/2020 à 17:17) et les conclusions étaient inchangées dans l'étude publiée fin juin dans JAMA Neurology, actualisées avec environ 50 patients supplémentaires, note-t-on.
Dans l'étude rétrospective italienne, portant sur 593 cas suspects et 191 cas confirmés de Covid-19, les mêmes facteurs de risque de sévérité ont été identifiés. En revanche, l'analyse mettait en évidence un risque de Covid-19 sévère multiplié par 2,7 avec les anti-CD20, le rituximab et l'ocrélizumab (Ocrevus*, Roche) par rapport au diméthyl fumarate (Tecfidera*, Biogen).
Le Dr Simpson-Yap et ses collègues ont voulu vérifier si les patients traités par anti-CD20 étaient bien exposés à un risque de Covid-19 plus sévère que ceux recevant d'autres traitements de fond, en particulier par rapport au natalizumab (Tysabri*, Biogen) dans le cadre d'une initiative lancée par la MS International Federation et la MS Data Alliance.
Au total, les chercheurs ont pu rassembler les données de 1.540 patients atteints de SEP de 21 pays: 72,4% de femmes, 63,2% entre 18 et 50 ans, 75% avec une SEP récidivante et 77,1% avec un score de handicap EDSS inférieur à 6 points. Parmi eux, 30,9% ont présenté une suspicion de Covid-19 et 59,4%, une infection confirmée. Une hospitalisation a été nécessaire pour 313 patients, 76 ont été admis en réanimation et 54 ont eu besoin d'une ventilation artificielle; 48 sont décédés.
Concernant les traitements, 19% recevaient de l'ocrélizumab, 13,2% du rituximab, 11,8% du diméthyl fumarate, 8,2% du natalizumab, 7,3% du fingolimod (Gilenya*, Novartis), 5,4% un interféron, 3,9% le tériflunomide (Aubagio*, Sanofi Genzyme) et 3,4% le glatiramère; 6,7% recevaient un autre traitement de fond non précisé, les données étaient manquantes pour 9,7% et 11,5% des patients n'étaient pas traités.
Les chercheurs ont comparé l'association entre les traitements et le risque d'hospitalisation en prenant le diméthyl fumarate comme traitement de référence.
L'analyse des données ajustées sur l'âge, l'âge, le sexe, le type de SEP et le score EDSS montre que seul le rituximab était associé de manière significative sur le plan statistique avec une hospitalisation pour Covid-19. Le rapport des prévalences ajusté (aPR) était de 1,58 pour les cas suspects et de 2,14 pour les cas confirmés.
Une tendance positive faible a émergé pour l'ocrélizumab, avec un aPR de 1,2 pour les cas confirmés et suspects, mais aussi pour les patients non traités par immunomodulateur (aPR de respectivement 1,25 et de 1,36).
Concernant les admissions en réanimation, une tendance positive à la fois pour les patients non traités et pour tous les traitements était observée. Toutefois, l'association était significative uniquement pour le rituximab, avec un aPR de 4,12 pour les cas suspects et de 5,48 pour les cas confirmés par rapport au diméthyl fumarate, et pour l'ocrélizumab, avec un aPR de respectivement 3,53 et 3,34.
Les patients traités par rituximab étaient aussi significativement plus exposés à un risque de recours à la ventilation, avec un aPR de 7,27 pour les cas suspects et de 10,71 pour les cas confirmés. Une tendance positive était également observée pour l'ocrélizumab (aPR de respectivement 3,17 et 4,22) et les patients non traités (aPR de respectivement 3,02 et 3,79).
Mais contrairement aux trois précédents résultats, aucun traitement de fond n'était associé à un risque accru de décès par Covid-19, a fait observer le Dr Simpson-Yap.
Les chercheurs ont ensuite comparé les données de 343 patients traités par un anti-CD20 et celles de 492 patients utilisant un autre traitement immunomodulateur. De manière similaire, ils ont retrouvé chez les patients traités par anti-CD20 un risque significativement accru d'hospitalisation (aPR de 1,49), d'admission en réanimation (aPR de 2,55) et de recours à la ventilation (aPR de 3,05) mais pas de différence sur le risque de décès par rapport aux patients recevant un autre traitement immunomodulateur.
Par rapport au natalizumab en particulier, les patients traités par anti-CD20 présentaient uniquement un risque significativement accru d'hospitalisation, multiplié par 2. Les risques d'admission en réanimation et de ventilation tendaient à la hausse seulement et le risque de décès était sans différence.

Risque confirmé pour les patients plus âgés et plus handicapés

L'analyse de ces données a aussi confirmé les résultats français et italiens sur les caractéristiques des patients associés à un plus grand risque d'hospitalisation pour Covid-19: un âge plus avancé, une forme progressive de SEP, et un stade de handicap plus avancé.
Concernant l'admission en réanimation, ce risque semblait plus élevé pour les 50-70 ans et la SEP progressive uniquement. Pour le recours à la ventilation, des tendances positives étaient observées pour les différentes caractéristiques associées à l'hospitalisation mais sans être significatives.
Enfin, le risque de décès apparaissait moindre chez les femmes mais augmentait avec l'âge et la sévérité du handicap.
Ces données suggèrent que globalement, les anti-CD20 semblent être associés à la sévérité du Covid-19. La différence de résultats entre le rituximab et l'ocrélizumab pourrait s'expliquer notamment par la plus forte affinité du premier pour l'antigène CD20, a conclu le Dr Simpson-Yap.
Lors de cette session, l'équipe française a présenté des données actualisées pour 405 patients, confirmant leurs précédents résultats. Ils ont en revanche identifié une association indépendante entre traitements immunomodulateurs par interféron ou glatiramère et une infection moins sévère, a indiqué le Dr Céline Louapre de la Pitié-Salpêtrière à Paris (AP-HP).
Les chercheurs ont également testé spécifiquement les anti-CD20 mais l'ocrélizumab n'est disponible en France que depuis un an, a-t-elle fait observer lors de la discussion. Elle a aussi ajouté que l'analyse des données est compliquée dans leur registre par un cas unique d'hospitalisation pour Covid-19 d'un patient sous interféron, ce qui est toute fois "une information en soi".
Les deux chercheurs ont également été interrogés sur l'impact potentiel des anti-CD20 sur un vaccin contre l'infection Sars-CoV-2. D'un point de vue théorique, ils pourraient avoir "un effet négatif" sur une telle vaccination, mais il faudrait des études cliniques pour le vérifier, a indiqué le Dr Simon-Yap. "Nous n'avons pas de réponse encore" et il faut des analyses complémentaires et un suivi à long terme lorsqu'un vaccin sera disponible, a ajouté le Dr Louapre.
ld/nc/APMnews

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