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Il faut "valoriser" l'exercice territorial pour un meilleur fonctionnement des GHT (journées de l'ADH)

PARIS, 28 septembre 2020 (APMnews) - Plusieurs acteurs hospitaliers ont mis en avant la nécessité de mieux "valoriser" l'exercice territorial pour fluidifier et améliorer le fonctionnement des groupements hospitaliers de territoire (GHT), jeudi, lors des 28es journées annuelles de l'Association des directeurs d'hôpital (ADH).
Ils intervenaient sur le thème de "l’intelligence collective en pratique" dans le cadre des GHT, lors de ces journées de l'ADH qui se sont tenues en petit comité au Parc floral de Paris et pouvaient être suivies à distance.
S'exprimant sur la gradation des filières, le Dr Frédéric Martineau, chef du pôle d'imagerie médicale du CH de la Côte basque, a estimé que le GHT n'est pas une "concentration d'activités où de moyens [reposant] exclusivement sur l'établissement support". "Sa substantifique moelle" est "la subsidiarité", c'est-à-dire "celui qui veut va aider l'autre". "Ce qui est difficile aujourd'hui, c'est que certains GHT sont trop gros, d'autres trop petits, il y a des découpages pas cohérents avec certains bassins de population."
"Pour arriver à faire une gradation de l'offre, un maillage territorial", il faut "arriver à développer des filières graduées territoriales, avec des soignants qui arrivent à s'impliquer territorialement, c'est là où ça devient difficile". Frédéric Martineau a jugé qu'il faut "épauler les GHT et ne pas les contraindre".
"Il faut inciter, encourager" ceux qui font le travail territorial, "peut-être arrêter d'imposer systématiquement, sans [toutefois] les laisser faire n'importe quoi, trouver un juste équilibre pour que cela puisse avancer mieux", a-t-il assuré. Et de renchérir: "Il faut construire une transversalité" qui "doit être opérationnelle".
Frédéric Martineau, chargé de mission à la Fédération hospitalière de France (FHF) pour la mise en place des projets médicaux partagés dans le cadre des GHT, avait mené une mission importante sur le plan national sur ces groupements avant leur création, rappelle-t-on (cf dépêche du 16/03/2016 à 18:21).
"L'avenir des pôles n'est pas dans les établissements, mais dans les territoires, avec les pôles inter-établissements, territoriaux. Il faut identifier les personnes à responsabilité", a-t-il poursuivi. Il a souligné que leur mise en place ne pourra se faire de manière coercitive, mais avec des discussions avec les autres médecins. "Pour être attractif, il faut dire à ceux qui viendront dans les établissements qu'ils feront de la territorialité", car "tout le monde en fait", et leur proposer de se déplacer "en équipes territoriales" plutôt que seul.
"Au-delà de la problématique de la reconnaissance financière qui existe", il "faut fluidifier les exercices" et les éléments "qui mettent en confort le personnel", comme la gestion de la disponibilité des véhicules destinés à l'exercice territorial. "Si la notion de territorialité est partagée, ce n'est pas du tout un repoussoir", a assuré le praticien.
Selon lui, certains GHT sont "très avancés", avec "une capacité rapide à s'adapter aux territoires par rapport à la problématique, à répartir les filières, les patients, les services de réanimation, les lits d'hospitalisation, la visualisation globale et l'utilisation d'équipes mobiles pour aller dans les Ehpad dépendant de ces GHT".
Globalement, la réponse a été "plutôt positive" pendant le pic de la crise due au Covid-19, mais "dans les GHT moins intégratifs, [moins] coopératifs, la problématique était plus difficile à résoudre". Il a toutefois jugé que "même lorsqu'il n'y avait pas trop d'effet de confiance, de relation de projets à venir, l'arrivée du Covid-19 a eu un effet catalyseur" et a "probablement enclenché un processus" favorable.
Il a estimé qu'"avec cette crise sanitaire sans précédent, on a vu une espèce de libération venant de partout", avec "une volonté collective de travailler ensemble", principalement, "bien sûr, dans l'objectif de la prise en charge d'urgence des patients", ajoutant qu'il faut désormais "capitaliser" dessus.

"Enormément de métiers" déjà territorialisés... mais peu mis en valeur

Jérôme Goeminne, directeur général du GHT Coeur Grand Est, a à son tour plaidé pour une valorisation de l'exercice territorial. Actuellement, "on peut juste valoriser les chefs d'établissements et des praticiens dans quelques dispositifs, alors qu'énormément de métiers sont territorialisés", a-t-il argué. Selon lui, il faut également "valoriser l'exercice territorial des administratifs et des ingénieurs".
Pour faciliter le travail médical des professionnels de santé du territoire, il a également souligné l'importance d'avoir "un DPI [dossier patient informatisé] commun", concédant qu'il s'agit d'un investissement onéreux. Il a annoncé le déploiement de celui de son GHT à partir de cette semaine, évoquant un investissement de 13 millions d'euros et sept ans de projets (cf dépêche du 05/07/2019 à 18:05).
Le Dr Béatrice Berteaux, cheffe du pôle gériatrie du CH de Saint-Quentin et ancienne présidente de CME de l'établissement, a abondé en ce sens: "Il faut valoriser" les praticiens des équipes territoriales, mais "il faut aussi" que cette action soit effectuée "dans une dynamique de projet médical et territorial".
Elle a concédé que "pour les anciens [praticiens], c'est plus compliqué de faire bouger les choses, les déplacer", mais souligné que "dans [s]on domaine en gériatrie", l'exercice territorialisé "est inéluctable". "Pour nous gériatres, cela fait partie de notre culture, au niveau des Ehpad et des consultations avancées. C'est plus la pénurie médicale qui fait que c'est compliqué à mettre en place", a-t-il poursuivi, mettant en avant "l'avenir" représenté par la télémédecine. Il a estimé que cela "nous a fait faire un bon énorme pendant la crise sanitaire", évoquant "les visioconférences, les téléconsultations", ce qui a économisé du temps, même si le présentiel "reste important".
Frédéric Gauthiez, directeur du CH de Brive, a fait valoir que "s'il y a une chose première" qui importe dans les GHT, "c'est d'abord le projet médical partagé [PMP], les filières de soins". "Si un GHT couvre trois départements et une vingtaine d'établissements sanitaires, sur papier [le] PMP tient la route", tout en soulignant que c'est une autre paire de manches "quand vous voulez le décliner de façon pratique, notamment si on parle d'équipes médicales territoriales".
"Le problème, je crois, c'est que selon la taille du GHT et selon les ressources dont ils disposent, en premier lieu médicales, on peut avoir des constructions qui ne seront pas les mêmes. Ce qui compte, c'est l'esprit. Dans l'esprit, on cherche aussi à construire des filières de soins avec des équipes médicales plus larges qu'au niveau d'un service ou de l'établissement qui se constituent pour mieux porter les projets", a-t-il résumé.
jyp/nc/APMnews

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