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Le télétravail, facteur de risque de pratiques addictives et d'aggravation des addictions

PARIS, 5 novembre 2020 (APMnews) - Le télétravail, encouragé dans le contexte de pandémie de Covid-19, apparaît comme un facteur de risque de pratiques addictives et d'aggravation des addictions, selon les résultats d'une enquête réalisée par GAE Conseil, cabinet spécialisé en prévention des addictions en entreprise, dévoilés jeudi.
"Avec la deuxième vague et le retour du confinement, le télétravail s'installe dans la durée, renforcé par le gouvernement, nous avons voulu savoir comment les Français perçoivent le risque d'addiction dans ce contexte", a expliqué le président de GAE Conseil, Alexis Peschard, mercredi lors d'une conférence de presse organisée en amont.
Dans cette enquête réalisée par Odoxa entre le 28 septembre et le 6 octobre, un échantillon représentatif de 3.002 personnes représentatif de la population française adulte a été interrogé, parmi lesquelles figurent 1.587 salariés, 577 managers (qui encadrent au moins une personne) et 598 télétravailleurs (ayant télétravaillé depuis le confinement).
Globalement, un peu plus d'un tiers des salariés (36%) ont expérimenté le télétravail au cours des six derniers mois, avec des variations selon les catégories socioprofessionnelles, les trois quarts des cadres étant concernés. Ils étaient 11% à le poursuivre au moment de l'enquête, alors que le gouvernement n'avait pas encore appelé à généraliser le télétravail lorsque cela était possible.
Concernant l'impact du télétravail, les trois quarts des télétravailleurs considèrent que cette modalité pose des problèmes en matière d'organisation et de conditions de travail et 60% qu'elle augmente les risques pour la santé physique et psychologique (56% des managers et 56% des autres salariés).
"Le télétravail peut entraîner des troubles musculosquelettiques parce que le poste de travail au domicile n'est pas ergonomique. A cause de lombalgies par exemple, un salarié peut développer des problèmes d'automédication, augmenter sa prise d'antalgiques", a donné comme exemple Alexis Peschard.
Les télétravailleurs pensent à 75% que cette modalité accroît les pratiques addictives, soit moins que les managers (74%) mais plus que les autres salariés (70%).
Sur le risque de pratiques addictives en particulier, les télétravailleurs classent en premier "la solitude, réelle ou ressentie, qui peut favoriser la prise de produits pour compenser l'anxiété" (81%), puis le temps passé devant les écrans (79%), le tabac (66%) et l'alcool (61%), mais aussi l'addiction au travail (61%), l'épuisement professionnel (55%), le cannabis et le stress (52% les deux) et enfin, en dernier, les médicaments (50%) et les autres drogues (48%). Les résultats sont globalement similaires entre les managers et les salariés.

Un risque d'addiction au travail

Concernant une addiction au travail, 61% des télétravailleurs pensent que le télétravail est un facteur de risque, contre 53% des managers et 51% des autres salariés. Ils sont également 55% à faire une corrélation entre télétravail et épuisement professionnel, contre 49% des managers et 47% des autres salariés.
Cependant, Alexis Peschard a attiré l'attention sur "la représentation sociétale" des dépendances: "certaines sont plus acceptables que d'autres, comme le tabac plutôt que l'alcool, l'addiction aux écrans plutôt qu'au travail". Il a fait observer que les entreprises ont souvent "une approche plus édulcorée des risques psychosociaux", par rapport à la dépendance aux substances qui peut avoir un impact sur la sécurité du personnel et la réputation, car "parler d'addiction au travail, c'est reconnaître une maladie".
De manière générale, tous considèrent que les pratiques addictives sont plus fréquentes en télétravail que sur le lieu de travail, 46% vs 36% des télétravailleurs, 41% vs 31% des salariés et 47% vs 40% des managers.
Pourtant, même lorsque le salarié travaille au domicile, l'entreprise reste "responsable" de la santé de ses salariés et doit même être "plus vigilante" car "avec le télétravail, la barrière du regard des autres n'existe plus, ce qui peut augmenter les pratiques addictives et aggraver les addictions existantes", a commenté le président de GAE Conseil.
"Le sujet des addictions en entreprise reste encore tabou et 80% des salariés pensent que le télétravail rend plus difficile encore la détection des pratiques addictives", a-t-il ajouté. Mais sans l'enquête, plus des trois quarts (77%) des managers considéraient qu'ils devaient redoubler de vigilance pour s'assurer que les salariés en télétravail n'avaient pas de pratiques addictives.
"On craint d'entrer dans la sphère intime d'un collègue, de le fliquer ou de l'exposer à des sanctions, donc le sujet n'est pas abordé tant que la personne n'est pas prise sur le fait alors qu'on pourrait le faire plus tôt et favoriser l'accès aux soins", a expliqué Alexis Peschard. Pourtant, il a cité un exemple le cas d'une personne dont tous les collègues savaient qu'elle avait une dépendance à l'alcool et que c'est finalement lors d'une présentation à distance mais imprévue qu'elle a été surprise, obligeant l'entreprise à réagir.
Lors du premier confinement, le cabinet avait également réalisé une enquête les 8 et 9 avril auprès d'un échantillon de 1.003 Français sur le thème du télétravail et des pratiques addictives. Ils étaient alors plus de 50% à augmenter leur temps d'utilisation des écrans, 27% à fumer plus et 22% à consommer davantage d'alcool.
"Il faut faire en sorte que les addictions ne soient pas un effet collatéral de plus du Covid-19", a conclu Alexis Peschard.
ld/ab/APMnews

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