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Le microbiote intestinal pourrait influencer la sévérité du Covid-19

LONDRES, 12 janvier 2021 (APMnews) - Le microbiote intestinal pourrait être déterminant dans la sévérité du Covid-19 en modulant la réponse immunitaire, suggère une étude publiée lundi dans le British Medical Journal (BMJ).
L'infection par le Sars-CoV-2 induit une réponse immunitaire destinée à éliminer le virus. Des données suggèrent que les réponses immunitaires aberrantes sont responsables de formes sévères de Covid-19. Les patients atteints de formes sévères présentent des concentrations plasmatiques importantes en cytokines inflammatoires et marqueurs inflammatoires comme les interleukines 6, 8 et 10 ou encore en CRP et lactate déshydrogénase. En outre, certains patients développent des symptômes auto-inflammatoires après la guérison comme le syndrome inflammatoire multisystémique.
Plusieurs observations suggèrent une implication du système digestif dans le Covid-19, comme la capacité du virus à infecter et se répliquer dans les entérocytes de la muqueuse intestinale, la détection d'ARN viral dans les échantillons de selles et une altération du microbiote intestinal des patients infectés, notent Yun Kit Yeoh, de l'université chinoise de Hong Kong et ses collègues.
Ils ont fait l'hypothèse d'une influence du microbiote intestinale sur la réaction inflammatoire dans le Covid-19. Pour la tester, ils ont caractérisé le microbiote intestinal et la réponse immunitaire de 100 patients atteints du Covid-19 pendant leur hospitalisation et 30 jours après leur guérison. Ils ont comparé ces données à celles recueillies auprès de 78 patients hospitalisés avant la pandémie.
Dans la cohorte de patients atteints du Covid-19, 3% présentaient une forme critique, 5% une forme sévère, 45% une forme modérée et 47% une forme légère. Parmi les 100 patients, des échantillons de selles recueillis pendant l'hospitalisation puis après ont été obtenus pour 41 d'entre eux. Dans cette cohorte, 34 ont été traités par antibiotiques et 46 avec des antiviraux avant le prélèvement de selles.
L'équipe a constaté que, par rapport aux patients non Covid, la composition du microbiote intestinal était significativement altérée chez les patients atteints du Covid-19. Les Bacteroidetes étaient relativement plus abondants chez les patients atteints du Covid-19. Au sein de la cohorte de patients Covid-19, la composition du microbiote intestinal était associée à la sévérité de la maladie.
Après ajustement en fonction du recours aux antibiotiques et l'âge des patients, la concentration en Faecalibacterium prausnitzii et Bifidobacterium bifidum était inversement corrélée à la sévérité du Covid-19. La concentration de ces espèces, sous-représentées chez les patients atteints du Covid-19, restait basse jusqu'à 30 jours suivant la guérison.
Les auteurs ont ensuite mis en évidence des corrélations entre la composition du microbiote intestinal des patients atteints du Covid-19 et la concentration en cytokines pro-inflammatoires et marqueurs sanguins de l'inflammation.
Ces résultats suggèrent que le microbiote intestinal joue un rôle dans la sévérité du Covid-19, probablement en modulant la réponse immunitaire. Par ailleurs, la persistance de la dysbiose observée après résolution de la maladie respiratoire virale pourrait contribuer à la persistance de certains symptômes.

Des altérations du microbiote observées dans le syndrome grippal

Une étude néerlandaise parue dans The Lancet Healthy Longevity de janvier a analysé le microbiote intestinal de personnes de plus de 60 ans ayant présenté ou non un syndrome grippal au cours de l'hiver 2014-2015. Ils ont inclus dans leur étude 397 personnes, parmi lesquels 54% ont rapporté un syndrome grippal.
Susana Fuentes du Center for Infectious Disease Control néerlandais et ses collègues ont observé une altération de la composition du microbiote intestinal au cours du syndrome grippal. Ils ont notamment constaté une sur-représentation des Bacteroidetes et des protéobactéries chez les patients atteints d'un syndrome grippal.
Ils ont également observé une association entre syndrome grippal et abondance de Ruminococcus torques, espèce également corrélée à des profils pro-inflammatoires.
Les auteurs estiment que l'abondance relative de certaines espèces bactériennes dans la flore intestinale pourrait être utilisée comme biomarqueur potentiel de la sensibilité à des infections respiratoires. Cela pourrait générer de nouvelles cibles thérapeutiques dans la population âgée, chez qui la vaccination est relativement moins efficace.
(BMJ, publication en ligne du 11 janvier, Lancet Healthy Longevity, vol. 2, n°1, p13-23)
vib/nc/APMnews

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