dépêche

 - 

Le risque de "Covid long" associé au sexe féminin, à la présence de trois symptômes à l'admission et au transfert en réanimation

PARIS, LONDRES, 10 mai 2021 (APMnews) - Le risque d'avoir des symptômes persistant six mois après une hospitalisation pour Covid-19 semble plus important pour les femmes, les patients avec au moins trois symptômes à l'admission et ceux qui sont transférés en réanimation, selon les résultats d'une étude française publiée lundi dans Clinical Microbiology and Infection (CMI).
Ces premiers résultats issus de la cohorte French Covid sont les seuls avec un suivi à 6 mois de patients ayant été hospitalisés après les données chinoises de la cohorte de Wuhan (cf dépêche du 11/01/2021 à 01:01), a souligné le Pr Jade Ghosn de l'Inserm U1137/Université de Paris, à l'hôpital Bichat (AP-HP), coordinateur de la cohorte avec le Pr Catherine Chirouze du CHU de Besançon, lors d'une conférence de presse organisée par l'Inserm, l'université de Paris et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP).
Ils montrent que 60% des patients présentent encore des symptômes à six mois de suivi et près d'un quart d'entre eux (24%) en ont au moins trois, comme ils l'avaient déjà annoncé fin janvier lors d'un colloque organisé en ligne sur la recherche en santé publique et Covid-19 (cf dépêche du 28/01/2021 à 16:22).
Il s'agit d'une cohorte financée par le consortium de recherche en infectiologie REACTing (REsearch and ACTion targeting emerging infectious diseases; intégrée dans la nouvelle agence ANRS-Maladies infectieuses) et le ministère des solidarités et de la santé, dans le cadre d'un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC). Elle s'inscrit aussi dans le consortium ISARIC (International Severe Acute Respiratory and emerging Infection) et le projet européen Orchestra.
L'objectif principal est de décrire les caractéristiques de la maladie et ses éventuelles séquelles, de décrire, le cas échéant, la réponse au traitement, d'identifier les déterminants de gravité, de caractériser des facteurs génétiques de prédisposition à des formes sévères chez uniquement des patients hospitalisés pour Covid-19, a indiqué le Pr Ghosn.
Dans le cadre de REACTing, les chercheurs ont initié la cohorte très tôt, dès janvier 2020 avec les premiers cas d'une infection respiratoire par un nouveau coronavirus en Chine (cf dépêche du 13/01/2020 à 11:47). Les inclusions ont débuté le 24 janvier 2020 puis ont été suspendues le 23 novembre 2020, totalisant près de 4.300 patients hospitalisés dans 104 établissements avec un Covid-19 confirmé.
Les résultats publiés lundi proviennent des 2.858 patients éligibles à un suivi à 6 mois, inclus entre le 24 janvier et le 10 avril 2020 mais 292 sont décédés au cours de leur hospitalisation (10%), 29 après leur sortie de l'hôpital et la consultation des 6 mois, 35 ont retiré leur consentement et 2 ne sont pas venus. Finalement, l'analyse a porté sur 1.137 patients inclus dans 63 centres.
A l'inclusion, à un mois, 3 mois puis 6 mois de suivi, 10 symptômes étaient systématiquement recueillis, avec validation lors de la consultation: fatigue, dyspnée, arthralgies, myalgies, céphalées, rhinorrhée, toux, mal de gorge, agueusie et anosmie. Interrogé par APMnews sur cette liste fermée, le Pr Ghosn a expliqué qu'elle reposait sur des symptômes classiquement observés avec des infections respiratoires comme la grippe à une époque où l'on avait très peu d'informations sur le Sars-CoV-2 et le Covid-19.
A l'admission, ces patients avaient 61 ans en médiane, 63% étaient des hommes et plus des deux tiers avaient une ou plusieurs comorbidités (42% au moins deux), notamment une hypertension artérielle (38%), une obésité (22%), un diabète (19%) et/ou une autre maladie cardiaque chronique (18%). Ils étaient 62% à présenter alors trois symptômes et plus.
La durée médiane d'hospitalisation était de 9 jours (entre 5 et 15 jours) et 29% ont été transférés en réanimation; 72% ont nécessité un apport en oxygène.
Les données de suivi montrent qu'à 3 mois, ils ne sont plus que 27% à conserver au moins 3 symptômes, soit une évolution favorable, mais à 6 mois, "ça semble fixé puisqu'ils sont 24%". De la même manière, la part des patients n'ayant plus de symptôme est de 32% à 3 mois mais de 40% à 6 mois. Chez les moins de 60 ans, 29% n'ont pas pu reprendre le travail, a souligné le Pr Ghosn.
Les symptômes persistant à 6 mois les plus fréquents dans French Covid sont la fatigue (environ 39%), la dyspnée (environ 27%), les douleurs articulaires (environ 18%) et musculaires (environ 16%).
L'analyse multivariée des données indique que le risque relatif rapproché (OR) d'avoir une persistance de symptômes 6 mois après une hospitalisation pour Covid-19 était de 2,4 pour les femmes par rapport aux hommes, de 2 pour les patients présentant au moins 3 symptômes à l'admission par rapport à ceux qui en avaient moins, et de 1,55 pour les patients transférés en réanimation par rapport à ceux n'y étant pas allés.
En revanche, la présence de seulement 1 ou 2 comorbidités n'était pas associée à la persistance des symptômes à 6 mois, suggérant qu'il ne s'agissait pas d'une décompensation de ces comorbidités, a fait observer le Pr Ghosn.

Suivi jusqu'à 18 mois et nouvelles inclusions pour étudier les variants

Le suivi des patients se poursuit jusqu'à 18 mois, avec une visite à 12 et 18 mois comprenant des tests supplémentaires, notamment sur la mémoire, la concentration, le stress post-traumatique et la qualité de vie, a indiqué l'un des méthodologistes de l'étude, Cédric Laouénan de l'U1137, lors de la conférence de presse.
Des explorations cardiaques seront également réalisées pour les patients qui présentaient des anomalies à l'admission.
"Les inclusions ont par ailleurs repris depuis trois semaines afin de voir si la présentation clinique et les séquelles sont différentes avec les variants" du Sars-CoV-2.
Interrogé par APMnews sur la différence entre "symptômes persistants" et "séquelles", le Pr Ghosn a considéré que ces termes étaient similaires mais elle ne s'est déclaré "pas favorable à la notion de 'Covid long'" très utilisée par les patients car elle "suppose que le virus est toujours présent". Or un mois ou deux après l'infection aiguë, il n'est plus présent dans les prélèvements nasopharyngés, comme les chercheurs l'ont montré dans une précédente étude menée auprès de 700 patients de French Covid et publiée dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences, édition en ligne du 23 février).
Vendredi matin, le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a échangé avec des associations de patients, notamment #AprèsJ20 et Millions Missing France. "C'est la première fois que nous avons pu discuter avec le ministre. Il nous a assuré de son engagement, avec en particulier un interlocuteur unique sur le sujet dans son cabinet et la mise en place d'une filière de soins", a indiqué à APMnews une porte-parole d'#AprèsJ20, Amélie Perrier.
La direction générale de la santé (DGS) avait appelé les professionnels de santé à organiser la prise en charge en mars (cf dépêche du 24/03/2021 à 10:09) sur la base des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS). L'assurance maladie prévoit une prise en charge au titre d'une affection de longue durée (ALD) dans certaines situations (cf dépêche du 30/04/2021 à 15:15).
(CMI, édition en ligne du 10 mai)
ld/ab/APMnews

[LD8QSW5XP]

Testez APM NEWS et profitez de l'intégralité de nos dépêches

30 à 50 dépêches par jour sur les sujets du domaine de la santé

50 000 utilisateurs en France

20 journalistes experts en France et 3 bureaux en Europe

A lire aussi