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Coronavirus: la psychiatrie doit s'articuler avec le MCO (Frank Bellivier)

(Par Valérie LESPEZ)
PARIS, 24 mars 2020 (APMnews) - "Les communautés de psychiatres et de psychologues" doivent mettre en place des "articulations" avec les plateaux techniques MCO pour qu'ils s'entraident mutuellement pour leurs patients respectifs, notamment, dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, a souligné lors d'un entretien à APMnews, lundi, le délégué ministériel à la psychiatrie et à la santé mentale, Frank Bellivier.
APMnews: Quels sont les retours que vous avez de la situation dans les établissements psychiatriques?
Frank Bellivier. Photo: Valérie Lespez/APMnews
Frank Bellivier. Photo: Valérie Lespez/APMnews
Frank Bellivier: Il y a des choses sur lesquelles la psychiatrie n'a pas le monopole, comme les problèmes d'approvisionnement en masques et en tests. Certains établissements de santé mentale avaient néanmoins l'impression d'être moins bien servis que les autres. Il a donc fallu rassurer sur le fait qu'il n'y a pas eu de traitement différencié pour les établissements de santé mentale, et que, quand il y a eu des pénuries, tout le monde a été concerné, et quand il y a eu des approvisionnements, tout le monde a été concerné.
Il y a également eu des interpellations sur l'inconfort créé par des préconisations qui changent tous les deux-trois jours. Il s'est passé un peu de temps avant que la discipline qui consiste à se référer à la dernière recommandation publiée, sur la gestion des unités, l'organisation des flux de patients, l'appropriation des gestes barrières, l'utilisation des masques, etc., se mette en place.
Par ailleurs, les hôpitaux psychiatriques monodisciplinaires, qui ne sont pas habitués à gérer ce genre de situation, ont besoin d'un accompagnement supplémentaire, d'où la note que nous avons produite [cf dépêche du 23/03/2020 à 16:41 et ci-dessous].
Ensuite, la situation dans ces établissements est très hétérogène. Certains sont bien mobilisés, ont mis en place des cellules de crise, ont réorganisé le flux de patients, et d'autres ont été plus en difficulté. La proximité d'un hôpital pluridisciplinaire a certainement aidé dans ces démarches.
Avez-vous des remontées sur le nombre de patients atteints du Covid-19 dans les établissements?
Pas spécifiquement. Il y a sans doute des cas dans de nombreux établissements. En tout cas, bien souvent, les établissements s'organisent en secteur "Covid+" et secteur "Covid-". Ainsi, beaucoup n'ont pas attendu les préconisations pour s'organiser ainsi.
Concernant la note [les consignes publiées], pour les choses qui ne sont pas spécifiques à la psychiatrie, nous disons aux établissements de se référer aux préconisations existantes. Mais il y a des choses spécifiques, comme l'accompagnement des patients dans la maîtrise des gestes barrières, le fait de devoir garder le contact avec ces patients qui sont habitués à un accompagnement rapproché. Comme priorité est donnée aux consultations en vidéo ou par téléphone, il y a évidemment un temps nécessaire d'adaptation.
Avec le confinement, y a-t-il déjà la crainte de voir le flux des patients augmenter en psychiatrie?
En général, dans les situations de crise, que ce soient des catastrophes climatiques, des tremblements de terre, des attentats, il y a initialement une accalmie dans les manifestations psychiatriques aiguës. Et ensuite, cela réaugmente. Il faut donc que nos filières d'urgence, de post-urgence, soient prêtes à accueillir un afflux de patients secondaire à l'installation de la situation de crise.
Comme cette situation de crise va durer, nous sommes conscients que la réorganisation des filières de santé mentale s'accompagne d'une fragilisation de certains patients. Nous devons donc être très attentifs à cette remontée d'une demande de situations urgentes. Nous sommes en train de nous préparer à cela.
Ensuite, le problème des personnes qui ne sont pas connues du système de santé et qui vont connaître des difficultés psychologiques dues au confinement va être traité par une filière différente, car ces personnes ne relèveront pas des services de psychiatrie.
Pour autant, ces situations-là vont être fréquentes; on sait que le confinement peut entraîner une souffrance psychique, des problèmes de sommeil, etc. Pour ces cas-là, nous sommes en train de travailler à la mise en place d'un numéro vert grand public, qui va permettre de soulager le 15, très sollicité. Ce dispositif impliquera également les Cump [cellules d’urgence médico-psychologique].
Les Cump ont d'ailleurs déjà été mobilisées pour soutenir les soignants en première ligne dans l'épidémie
Les Cump sont déployées, elles sont renforcées, il y a eu un gros travail, la semaine dernière, de mobilisation et de fédération de toutes les forces; toutes les bonnes volontés convergent vers elles et elles organisent l'offre en fonction du type de problème: le soutien aux soignants, aux familles, aux personnes touchées par le Covid.
Il y a un point qui me paraît très important, qui a présidé à l'élaboration de la note, c'est la mise en place des articulations entre les communautés de psychiatres et de psychologues, et les plateaux techniques MCO. Il y a des endroits où cela s'est mis en place tout de suite, et d'autres où cela n'a pas été anticipé suffisamment. Nous avons donc souhaité stimuler ces coopérations.
Il faut effectivement anticiper la mobilisation des personnels "psy" en appui des soignants de première ligne (soins critiques, maladies infectieuses, soins palliatifs) dont on sait qu'ils sont soumis à des stress très importants.
Il faut aussi que soit anticipé l'accès aux plateaux de soins critiques des patients des filières de psychiatrie; il faut que cela soit organisé en amont. Et il faut également organiser l'appui somatique dans les unités psychiatriques où il y a des patients Covid symptomatiques.
Les établissements psychiatriques sont-ils bien armés pour faire face à ce qu'ils vivent et à ce qui les attend?
Qui est bien armé pour cette situation tout à fait inédite? La question est plutôt celle de la capacité des uns et des autres à s'organiser et dans quel délai. Nous gérons une situation de crise que ni le MCO ni la psychiatrie n'étaient en mesure d'anticiper. Tout le monde s'est réveillé un matin avec une montagne de choses à imaginer, une montagne de réorganisations à concevoir. Tout le système de soin était sous tension, depuis longtemps.
Ce qui me paraît remarquable, c'est la capacité que j'observe, ici et là, de mobilisation et de réorganisation du monde soignant. C'est très impressionnant ce qui se passe dans les hôpitaux. Chapeau!
Par ailleurs, lors de cet entretien, Frank Bellivier a annoncé la mise en place d'une cellule de crise "Covid-santé mentale" (cf dépêche du 24/03/2020 à 07:00).
vl/nc/APMnews

[VL1Q7NJ18]

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